CHANTAGE

Auteur Jean FORTEROCHE, Vendredi 09 juin 2017

CHANTAGE

Les choses se présentent bien différemment cependant lorsqu’un praticien de la persuasion essaie de déclencher une réponse automatique en nous donnant un signal trompeur. Notre ennemi, c’est le publicitaire qui cherche à créer une image de succès autour de son dentifrice, en élaborant une série de fausses « enquêtes », dans lesquelles des acteurs jouent de simples consommateurs vantant le produit. Dans ce cas, où les indices destinés à prouver le succès du dentifrice sont fabriqués de toutes pièces, le publicitaire abuse à la fois du principe de preuve sociale et de notre système de réaction automatique.

J’ai recommandé dans un chapitre précédent de refuser d’acheter tout produit dont la promotion est assurée par ces fausses « enquêtes », et d’envoyer au producteur des lettres expliquant les motifs de notre décision et lui demandant de changer d’agence de publicité.

Je conseillerais d’adopter cette attitude agressive dans toutes les situations où un professionnel détourne ainsi le principe de preuve sociale, ou tout autre principe d’influence. Nous devrions refuser de regarder des émissions de télévision comprenant des rires préenregistrés.

Si nous voyons un barman amorcer la soucoupe à pourboire d’un ou deux billets de sa poche, nous devrions nous refuser à lui accorder toute gratification. Si, après avoir fait la queue devant une boîte de nuit nous découvrons, au vu de l’espace disponible, que l’attente servait simplement à impressionner le passant par de fausses preuves de succès, nous devrions quitter immédiatement les lieux et expliquer nos raisons à ceux qui attendent encore devant la porte. En un mot, nous devons être prêts à utiliser le boycott, la menace, l’accusation, la censure, la harangue, bref tous les moyens possibles, par mesure de rétorsion.

Sans être très pugnace de nature, je plaide en faveur d’une action énergique, car le considère que je suis, en un sens, en guerre avec les exploiteurs ; nous le sommes tous. Il est important de garder en mémoire, cependant, que les hostilités ne sont pas provoquées par leur recherche du profit. Cette recherche nous est d’ailleurs commune à tous, dans une certaine mesure.

La véritable malhonnêteté, que nous ne saurions tolérer, consiste à essayer de réaliser un profit d’une façon qui rend nos méthodes de raccourci incertaines. Le tourbillon que représente la vie moderne exige que nous disposions de raccourcis sûrs, de règles empiriques qui nous permettront de maîtriser notre environnement.

Il ne s’agit plus d’un luxe ; c’est une nécessité absolue, dans la frénésie croissante de notre vie quotidienne. C’est pourquoi nous devons contre-attaquer chaque fois que nous voyons nos règles empiriques trahies par des profiteurs.

Nous voulons que ces règles restent aussi efficaces que possibles. Mais dans la mesure où leur aptitude à nous guider est constamment sapée par les manoeuvres des profiteurs, nous les utiliserons de moins en moins et nous ne serons plus capables de faire face à toutes les décisions du jour. Les enjeux sont désormais trop élevés pour que nous nous rendions sans combattre.

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